Suite à la publication de ce rapport sur le site de St Julien en 2005, je viens de recevoir le texte suivant qu'il m'a paru utile de vous communiquer :

Monsieur le Maire,

 J'ai lu sur le site de votre commune un texte faisant rapport de l'état du canton en 1832, signé, comme vous le dites, d' "un certain Barnabé". Il s'agit de Charles Etienne BARNABé, dit "de Veyrier", élu au conseil municipal en 1813 et juge de paix du Canton. Sa tombe existe toujours dans le cimetière de Saint Julien. Vous pouvez trouver sa biographie à l'adresse suivante http://lesapn.forumactif.fr/policiers-gendarmes-agents-secrets-et-magistrats-f102/barnabe-de-veyrier-ch-magistrat-st-julien-du-sault-89-t3261.htm?highlight=barnabe ainsi que la photo de sa tombe.Son "titre de gloire" est d'avoir été le seul officiel en France à refuser le coup d'état du 18 Brumaire ce qui lui valut quelques années d'exil. Il avait épousé en première noce Rose Olive de La Goublaye, une arrière-arrière grand'tante à moi.Je n'ai pas beaucoup d'autres renseignements mais c'est avec plaisir que je vous livre ce que je sais.
 Avec mes sentiments respectueux

Loïc de La Goublaye de Nantois

RAPPORT
Sur la situation économique du Canton de Saint Julien-du-Sault,
au 15 Décembre ...1832.

Remerciements à Madame COUVIGNOU qui m'a fait passer ce texte d'un certain "Barnabé" - Guy BOURRAS

 

 

Paragraphe Premier : SUBSISTANCES.
En général la récolte des céréales a été bonne dans celles des Communes du Canton qui en sont ordinairement productives. La récolte qui se prépare montre la plus belle apparence, il y a donc lieu de croire que le principal élément de la subsistance ne manquera pas, à un prix modéré, à ceux qui auront les moyens d'acquérir. Mais beaucoup manqueront de ces moyens principalement à Saint Julien qui ne produit pas de graines et où la récolte du vin a été détruite par la gelée du 13 Mai.

Paragraphe Deux : SITUATION DES CLASSES PAUVRES ET DES OUVRIERS.
Des neuf communes qui composent le Canton de Saint 3ulien- il en est huit où les manouvriers se trouveront dans leur situation habituelle,travaillant pour eux-mêmes dans le petit bien qu'ils font valoir ou gagnant s'ils travaillent pour autrui de 75 cts ou 1 franc pr pur avec Leur nourriture ou d'un franc vingt cinq à un franc cinquante centimes s'ils ne sont pas nourris.
Commune chef lieu de Canton à Saint Julien, dans les années ordinaires, une centaine de familles ne subsiste pendant l'hiver qu'à l'aide des secours de la Charité publique dont la partie principale et la plus régulière, consiste en distribution de pain et de viande faite chaque semaine sur les revenus de l'Hospice. Ceux qui ont ordinairement part a une distribution, sont des Vieillards, des infirmes, des femmes veuves, chargées d'enfants.
A cette classe dont l'indigence est pemanente, il faut ajouter cette année la classe, bien plus nombreuse, des indigents accidentels privés de leurs ressources ordinaires.  
Le Territoire de Saint Julien étant essentiellement vignoble la majorité de la population se compose de vignerons de qui les ressources habituellement sont :

1° - La récolte de quelques morceaux de vigne qui leur rapporte

2° - la vente du fumier d'une ou deux vaches qu'ils nourissent

3° - Deux ou trois cents francs en salaire qu'ils peuvent gagner en travaillant l'été et l'hiver dans la vigne d'autrui.

La première de ces ressource a été nulle pour la plus part d'entre eux et presque nulle pour les autres, la récolte générale des vignes a Saint Julien n'a pas atteint au dixième d'une récolte ordinaire.

Le prix d'une voiture de fumier à Saint Julien est ordinairement de 6 francs à 6 francs 75 , il se vend en ce moment de 3 francs 75 a 4 francs 50 la voiture. Cet abaissement du prix du fumier en même temps qu'il est une diminution des ressources du vigneron est un signe évident de la gène du propriétaire.

        Les salaires gagnés pendant l'été dernier ont été payés et consommésdans le cours de l'année, Les travaux de l'été prochain étant indispensables, ils seront exécutés et payés mais ceux qui auraient pu être faits pendant l'hiver où nous sommes, n'étant que des travaux d'amélioration qui penvent être ajournés, on les ajourne parce qu'on est gêné, ainsi point de travail et point de salaire pour l'hiver.

        Il faudrait pouvoir aujourd'hui, quadruplés, quintuplés les secours ordinaires, et bien loin de là l'hospice est forcé de supprimer les secours qu'il distribuait les hivers précédents, les dépenses extraordinaires faites par cet Etablissement pendant la terrible épidémie qui nous a écrasés, l'ont arriéré d'une année environ de son revenu.
Ainsi toutes les ressources manquent au moment où les besoins se multiplient. Un secours de 600 francs nous a été dernièrement accordé par l'Administration.Une partie a été employée en distribution de pain aux indigents invalides, et l'autre en salaires pour travaux dans les ateliers de charité; Ce secours est maintenant épuisé.
        Nous sommes menacés d'événements sinistres, et déjà nous avons à déplorer un suicide. Antoine CHAUDOT Père, que le fléau économique avait respecté,et

qui n'a jamais figuré sur la liste des indigents était possesseur de deux feuillettes de vin, qui étaient toute se récolte, mais elles étaient promises à un créancier; II avait aussi vendu au Meunier JEANNIN un morceau de terre moyennant deux hectolitres de blé. Le 24 Novembre dernier, n'ayant plus chez lui ni pain, ni farine, il alla chez son acquéreur pour y recevoir le blé convenu, ne croyant pas que le payement ne put être sujet de difficulté; JEANNIN lui opposa des inscriptions dont il exigeait la radiation préalable. Le malheureux CHAUDOT désespéré car voyant s'anéantir sa faible ressource sur laquelle il avait trop compté, ne rentra chez lui que pour s'étrangler dans son grenier. Nous avons à craindre qu'il n'ait des imitateurs. Si l'entreprise du pont eut été adjugée en Novembre comme nous l'espérons, il y aurait eu à faire des travaux de terrassement qui auraient pu occuper nos ouvriers pendant cet hiver.Cette ressource nous a encore échappé.

        Nous ne manquerons pas d'autres travaux qui seraient utiles, mais nous manquerons de fonds pour les payer. La Commune est en instance pour l'acquisition indispensable d'un cimetière. Des travaux seront nécessaires pour disposer le terrain à recevoir sa nouvelle destination. Le Chemin de Saint Julien à Villeneuve-le-Roi, construit depuis environ quarante ans, est très solide et fort beau, mais il s'y trouve au lieu appelé " la grand Vauceuse ", une descente trop rapide tellement dangereuse que deux conducteurs de voiture y ont péri dans un espace de moins de dix ans.On évalue à 1.500 francs les travaux qui seraient nécessaires pour adoucir et régulariser cette pente meurtrière . Ce travail est trop considérable pour qu'il ait pu jamais être entrepris sur les fonds que la Commune peut voter annuellement pour l'entretien de se chemins v icinaux.

 Paragraphe Trois -TRAVAUX qui pourraient être entrepris dans l'intérêt du canton.

Toutes les Communes du Canton fréquentent assiduement les marchés de Courtenay et de Saint Julien. Le Chemin entre les deux villes est bon sur le teritoire de Saint Julien, mauvais sur le territoire de Verlin et presque impraticable en hiver sur le territoire de Saint Martin et de Saint Loup d'Ordon.

Si cette route devenait solide son utilité ne se bornerait pas à celle des deux cantons; elle deviendrait une prolongation de celle qui existe entre Courtenay et Montargis et l'une des voies de communication entre les départements de 1'est et ceux de l'Ouest.

La brièveté et l'avantage qu'elle aurait de n'offrir presque point de montée lui attireraient vraisemblablement la préférence du commerce et celle des transports militaires. Si le pont, dont la construction est autorisée était exécute, la route dont je parle deviendrait indispensable et la plus grande partie pourrait être exécutée à très peu de frais.

Paragraphe quatre - INDUSTRIE COMMERCIALE.

Il y a des bois dans toutes les communes du canton, leur exploitation est la principale branche de commerce. Les menus bois, les échalats et les cordes qui en proviennent sont consommés dans le pays; Les gros bois et le charbon sont expédiés pour Paris, ainsi que le tan fabriqué par trois moulins, et une partie des produits de quatre tuileries en activité dans le canton.
Quant au surplus du commerce il ne consiste qu'en la vente en détail des choses nécessaires à la consommation locale.

Paragraphe Cinq - INDUSTRIE MANUFACTURIERE.

Sous ce titre il n'y a que des regrets à exprimer. Nous avons eu plusieurs tanneries, elles sont abandonnées. Il y avait à Saint Julien plusieurs petites fabriques ou la laine la moins belle du pays était converti en gros drap et en serge. Cette fabrication a cessé presque entièrement, il n'existe, plus que trois métiers destinés au tissage, et ils ne sont pas toujours occupés. Nous avons eu pendant douze à quinze ans une fabrique de bijoux décier qui occupait une certaine quantité d'ouvriers; à cet établissement a succédé la filature de lin qui occupait de 120 à 140 ouvriers dont les salaires s'élevaient de 45 à .50 mille francs annuellement. Nous regrettons depuis deux ans l'inactivité de ce bel établissement.

La principale industrie encore subsistante consiste dans la fabrication de feuilletés en bois reblanchi.Les tonneliers achètent à Paris des futailles de Jauges supérieures à celles des feuillettes et ce bois convenablement préparé est emplopyé par eux au lieu de Mérain.

J'ai déjà parlé de quatre tuileries dont deux seulement expédient pour Paris et de trois moulins à tan.Il y a aussi dans le Canton de Saint Julien ,quatorze moulins à farine, mus par deux ruisseaux. Ils ne sont employés que pour la consommation locale. Enfin quelques cultivateurs des communes non vignobles, convertissent une partie de leurs fruits agrestes en confitures qu'on appelle à Paris, assez improprement" Raisinet de Bourgogne ". Dans le suc récemment exprimé des pommes, ils jettent des poires pelurées à la consistance d'un extrait fort épais ayant la couleur et le goût du caramel. Les Hôpitaux de Paris consomment beaucoup de cette préparation en nature et les épicières des quartiers populeux en font un grand débit après en avoir abaissé la valeur et altéré  la qualité en y introduisant une quantité plus ou moins grande de mélasse qui leur coûte moins.

Paragraphe six - INDUSTRIE AGRICOLE.

Le canton de Saint Julien est coupé par deux vallées principales dont l'une est arrosée par le ruisseau d'oc, non flotable qui a son embouchure dans l'Yonne à Saint Julien. L'autre est arrosée par le VRIN ruisseau flotable qui a son embouchure à Cézy. L'un et l'autre de ces ruisseaux est bordé de Prairies dont le foin est peu estimé. Surtout depuis que ces prairies se sont converties en peuplières. Les terres qui environnent le bassin du ruisseau d'oc sont généralement mauvaises, ce sont celles des Communes de Saint Julien,de Verlin et de Saint Martin d'Ordon. Celles des Communes de la Celle Saint Cyr, de Précy, de Sépeaux et de Saint Romain, sans être absolument bonnes, sont généralement meilleurs que les premières. Ces quatre communes appartiennent au bassin du Vrin.
Les Communes de Cudot et de Sain Loup d'Ordon occupent le sommet du plateau qui domine les deux Vallées.La culture de la vigne est presque exclusive à Saint Julien, c'est une culture principale, à la Celle Saint Cyr. Elles n'est qu'accessoire dans la Commune de Verlin, Précy,Saint Martin ,Saint Romain et Sépeaux. Elle ne peut être pratiquée à Saint Loup, ni à Cudot. Les raisins ne sauraient y mûrir. Les étangs et les bois sont ce qui domine sur le territoire de ces deux dernières communes, c'est aussi sur ces deux communes et sur celle de précy que sont les bois les plus beaux; Dans tout le canton, il y a à peine quatre fermes qui méritent ce nom.  Le pays est  éminemment de petite culture; les propriétés y sont extrêmement divisées mais on n'y voit inculte que ce qui est absolument insucceptible de culture. En général les habitants sont laborieux et paisibles. Leur seul malheur est celui d'être trop enclins à contracter des dettes pour augmenter l'étendue de leur petit domaine; l'obligation de payer des intérêts les met d'abord dans la gêne , les frais de poursuites viennent ensuite les ruiner.

Là où la vigne ne domine pas ,on cultive le froment dans les meilleures terres où le seigle pur dans les autres. Le système des jachères profondément enraciné subsistera longtemps encore. Cependant depuis quelques années on a essayé quelques prairies artificielles dont le nombre parait être en progression, il en résulte déjà une augmentation sensible dans le nombre des bestiaux, la quantité des engrais doit augmenter dans la même proportion, néanmoins nos cultivateurs ne fument toujours leurs terres que suivant leur ancien usage, à la dose de dix voitures de fumier par hectare. Dans les communes de Saint Loup, Cudot, Precy, Saint Martin et Verlin, il y a dans les terres arables, des pommiers et des poiriers dont les fruits sont convertis en cidre de mediocre qualité qui se consomme dans le pays.(Celui des poires est le plus estimé).

Ce rapport ne devrait pas être le dernier, je le termine ici en me réservant de spécifier dans des rapports ultérieurs, ce que je pourrais que généraliser ici, faute de renseignements suffisants.

A Saint JULIEN, le 18 Décembre 1832.

BARNABE.